À P., hier soir
À force de plaisir notre bonheur s’abîme
(J. Cocteau)
1.
À P., hier soir deux grands yeux, mappemonde toute entière couverte par deux continents ronds — un marron corsé qui bouillonne de la lumière du couchant, un marron fonçant vers le noir définitif des pupilles.
L’égarement du voyageur est aisé dans les territoires de cette carte, le long des chemins de la colère, du deuil, de la douceur, de l’ambition — et du désir, du caprice, malice joie satisfaction sommeil dégoût tristesse nostalgie
Dans ces pays l’errant pourrait faire des promenades sur des plages aux sables chocolat, pris entre l’enclume du vent et le marteau des vagues. Il pourrait construire une cabane en planche, une bicoque au bord d’un océan d’encre dans laquelle il pourrait bien accepter le don final de la dissolution de son Moi.
2.
À P., hier soir des lèvres qui s’incurvent, des pommettes qui se gonflent, deux grands yeux rayonnant soudain un flot de particules hyper véloces — ce sourire ! Il me frappe de plein fouet, je me désintègre de joie sous ce coup de boutoir de beauté. Suis-je une allumette ? Scratch ! Suis-je un pétard ? Bang ! Une bombe H ? Broum !
Me voilà sable maintenant, poussière redevenue poussière, me voilà cendres, volutes, passé à la torche à plasma de ce sourire. Ce sourire !
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