Mercredi 31 octobre 2007
Il était une fois un scutigère (Scutigera coleoptrata, comme dirait Linné avec sa bonhommie de pasteur luthérien), un myriapode donc, que Mademoiselle avait
surnommé Copain (avec un humour inaccessible à un pasteur luthérien).C'est lui qui vous fait coucou, juste là, à votre gauche. Il a l'air si sympathique, comme ça, à lever haut sa papatte pour dire bonjour, de ce geste si humain de brandir un bras pour appeler à l'accolade un bon ami quand on le rejoint. Vous ne trouvez pas qu'il force l'admiration et l'attendrissement, à se casser le dos avec la fougue suscitée par la joie de nous voir ?
Bon, OK, sans rire, Copain est répugnant, Copain est immonde.
Je peux vous dire que la photo est très flatteuse. Rencontré avant de se coucher, étalé sur la contremarche des toilettes, dans la lumière étouffée filtrant de la chambre, il n'invite pas à l'étreinte, pas même d'ailleurs le matin, quand on est baigné par un franc soleil, reposé, prêt à faire du monde un endroit meilleur.
Mis à part les coccinelles, les papillons, les libellules et les abeilles, les insectes semblent ne pouvoir provoquer que trois réactions chez Homo Sapiens (en dehors des entomogistes) : la peur, le dégoût et la haine. Tout le monde a quelque chose à reprocher aux insectes, du moustique sur les dent quand on est motard au moucheron dans son verre quand on est alcoolique. Personnellement, j'aimerais que toutes les araignées de la planète disparaissent, Spider-man m'est plutôt antipathique, et je connais toujours une flambée de panique et d'horreur quand dans la pénombre d'un sous-bois, en cherchant les champignons, je traverse une toile. Malgré tout, je sais reconnaitre aux arachnides une certaine beauté. Pas à Copain.
Dans certain écrit testamentaire peu connu, il est écrit que lorsque Dieu eût terminé de créer le scutigère, il releva la tête de son plan de travail et contempla sa dernière oeuvre. Il releva ses lunettes d'une main et de l'autre caressa sa barbe puis se massa les globes oculaires. Il avait bossé comme un damné toute cette foutue semaine, sans se ménager, et là, il le sentait passer. Il se sentait tremblant, ses yeux le brûlaient, les articulations raidies, le stream of consciousness confus. Bref, le coup de bambou, le trou d'air, le temps de la pause et de prendre un verre. Il s'étira, se cambra, fit rouler sa nuque roide et soupira fort tout en examinant le scutigère. Soudain ses épaules s'affaissèrent et coudes sur les genoux, il se prit la tête entre les mains. " Bon sang, quel ratage ce truc, aurait-il affirmé alors. Je sais pas m'arrêter, moi. Pffff, c'est n'importe quoi... mais bon, c'est fait c'est fait... Alors disons... que tu vivras dans des anfractuosités obscures et humides pour qu'on te remarque pas trop. Voilà. Et maintenant disons que c'est le week-end, amen. Pierre, tu me fais enlever cette cochonnerie de mon bureau et tu me sers un Russe Blanc, steuplé. "
(à suivre)
par M. Canard
publié dans :
Session Tao
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