Voluptes médiatiques
"Tu peux allumer une cigarette, s'il te plaÎt ?" "Ben, c'est à dire, je viens déjà d'en fumer une…" "Non, mais c'est juste pour l'image". Le fumeur s'exécute.
Docile. C'est la troisième cigarette et la troisième fois qu'il se fait filmer par les caméras de télé en moins d'une heure. Mercredi matin, Stéphane était allé tranquillement boire son café au
203, établissement lyonnais dont le patron a décidé d'entrer "en résistance" contre la loi anti-tabac en autorisant ses clients à s'en griller une chez lui en toute illégalité. L'acte de
défiance du bistrotier n'a pas attiré les foudres de la maréchaussée comme il le craignait. En revanche, il a suscité l'intérêt de la presse, venue chercher le nouvel animal de foire 2008 : le
fumeur...
En fin de matinée, l'exigu Café 203 comptait quatre clients et trois fois plus de journalistes. Assis à une table, Christophe Cédat, le patron, enchaîne les
interviews. Il explique sa démarche. Parle d'art (il fabrique des cendriers avec des photos de fonds de cendriers). De liberté individuelle. Et réfute à la chaîne les propos l'accusant de se
faire de la pub sur la loi anti-tabac. "J'ai tout eu : la télé, la presse écrite, même le New-York Times, c'est un boulot de dingue", constate, satisfait, le bistrotier résistant.
Une partie des journalistes fait la queue pour l'interviewer, l'autre attend qu'un fumeur dégaine une blonde pour immortaliser le geste défendu. Le cirque prend fin à midi, heure habituelle
où le bar, qui sert aussi à déjeuner, passe (comme avant) momentanément non-fumeur.
Un peu plus tard dans l'après-midi, les caméras sont parties, les fumeurs ont retrouvé leurs habitudes. Il y en a quasiment à chaque table. "En fait, c'est comme avant la loi", constate le serveur. Sur les vitres, des affichettes préviennent le client potentiel : "Non-fumeurs, ATTENTION, vous entrez dans une zone d'expérimentation culturelle et sociale ! Vous vous exposez à un risque de tabagie passive…" Certains s'arrêtent, hésitent devant l'affiche. Majoritairement, les non-fumeurs passent leur chemin. Une fille se demande qui prendra l'amende si elle se fait coincer une cigarette au bec à l'intérieur du bar. "Je sais pas", répond son copain. Ils rentrent quand même. En fument "une à deux", comme si le tarif de la peine allait être divisé pour clope partagée. Ils risquent en fait 68 euros chacun. Plus 135 pour le tenancier de la boutique. Mais, surtout, ce dernier, en déposant ostensiblement un cendrier sur chaque table, encourt une amende de 750 euros par cendrier pour inciter à l'infraction. Christophe Cédat a fait son calcul : il en a potentiellement pour 50 000 euros d'amende sur ses quelques tables. A la fin de la journée, pas un policier n'était passé. Mais l'établissement a reçu quelques coups de fil anonymes menaçant de les dénoncer. Au cas où les autorités compétentes n'auraient ni la télé, ni les journaux.
Un peu plus tard dans l'après-midi, les caméras sont parties, les fumeurs ont retrouvé leurs habitudes. Il y en a quasiment à chaque table. "En fait, c'est comme avant la loi", constate le serveur. Sur les vitres, des affichettes préviennent le client potentiel : "Non-fumeurs, ATTENTION, vous entrez dans une zone d'expérimentation culturelle et sociale ! Vous vous exposez à un risque de tabagie passive…" Certains s'arrêtent, hésitent devant l'affiche. Majoritairement, les non-fumeurs passent leur chemin. Une fille se demande qui prendra l'amende si elle se fait coincer une cigarette au bec à l'intérieur du bar. "Je sais pas", répond son copain. Ils rentrent quand même. En fument "une à deux", comme si le tarif de la peine allait être divisé pour clope partagée. Ils risquent en fait 68 euros chacun. Plus 135 pour le tenancier de la boutique. Mais, surtout, ce dernier, en déposant ostensiblement un cendrier sur chaque table, encourt une amende de 750 euros par cendrier pour inciter à l'infraction. Christophe Cédat a fait son calcul : il en a potentiellement pour 50 000 euros d'amende sur ses quelques tables. A la fin de la journée, pas un policier n'était passé. Mais l'établissement a reçu quelques coups de fil anonymes menaçant de les dénoncer. Au cas où les autorités compétentes n'auraient ni la télé, ni les journaux.



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