Tout le monde semble en avoir un. Quand je vais chez quelqu'un, je le cherche. Jamais longtemps parce qu'il trône le
plus souvent dans le séjour. Je le jauge, alors ; je les aime touffus, râblés, buissons plutôt qu'arbustes.
(D'ailleurs, n'hésitez pas à m'envoyer une photo du vôtre, j'ouvrirai une SessionFicus ; vous pourriez aussi
m'indiquer le lien qui vous lie, ne serait-ce que son petit nom, mais je ne voudrais pas abuser - une photo muette fera déjà mon bonheur.)
Quant au mien, dont voici la photo, il se nomme Ficus Man.
Il ne paye pas de mine, mais c'est pourtant un Super Vilain. C'est la matrice du gestalt Ficus. Il ordonne à et dirige tous ses congénères par ultra-transmission quantique.
Son pot ne paye pas non plus de mine, mais il génère pourtant un champ de stase qui retient Ficus Man prisonnier et l'empêche de lancer l'attaque finale contre l'Humanité qu'il mûrit depuis des
siècles avec sa malfaisance végétale.
Et oui, vous faîtes moins les malins maintenant. Vous êtes en train de mesurer le péril. Parce que vous aussi vous avez un Ficus Benjamina, là derrière vous, comme en embuscade. L'ennemi
est dans la place, dans des centaines de millions de foyer, au coeur de la civilisation occidentalisée.
Que ce pot se brise ou soit brisé et Ficus Man frappera. Même sur vos gardes, vous n'aurez pas le temps de dénicher de quoi affronter la
créature possédée que vous avez arrosée depuis tant d'années, à laquelle vous avez tant confié, que vous avez taillée avec tendresse. A peine la main sur un sécateur ou sur la bouteille de
White Spirit et le briquet que déjà des branches, fines, élastiques, solides, enchevètreront vos membres, serreront votre cou. Elles vous rameneront vers lui avec une lenteur sadique. De votre
vision brouillée par les premières atteintes de la suffocation, vous verrezdes bourgeons, comme des furoncles, éclore sur votre
ficus et soudain s'épanouir en gueules de monstroplantes. Quant les survivants pénétreront dans nos cités vides, ils trouveront des
squelettes enlacés à des arbustes. Ils penseront que nous aimions la Nature d'une drôle de manière.
Tout ça pour vous prévenir que je rempote Ficus Man demain.
Serrez les fesses, je suis un peu maladroit.
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