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Vendredi 8 juillet 2011 5 08 /07 /Juil /2011 20:41

Quand j'étais pré-ado (bref, avant mes 25 ans), je rêvais de faire partie d'un groupe de rock, j'imaginais des titres d'albums, des discographies, et des interviews dans Rock & Folk, les Inrockuptibles et/ou Les Enfants du rock. 15 ans plus tard, je chante faux, je ne sais jouer que Au clair de la lune sur un xylophone (gros succès des dix premières représentations devant mon fils), je n'ai jamais participé à un groupe de musique, mais j'ai pu donner une véritable interview.

Dont voici la première partie, parce que j'ai été bien (trop) loquace.

Le dossier dans lequel elle s'intègre est .

 


 

Actusf : Quels chemins avez-vous suivi pour devenir libraire et vous occuper du rayon “Imaginaire” ?

Loïc Nicolas : Après une licence de Lettres Modernes, et ne voulant surtout pas être enseignant, j’ai tenté sur un coup de tête, et réussi, le concours d’entrée à l’IUT Métiers du Livre de Bordeaux III. Quelques mois après avoir obtenu mon diplôme, en mars 1999, j’ai été embauché par la librairie dans laquelle je travaille encore aujourd’hui. En 2003, le rayon BD/SF s’est agrandi, un second libraire y devenait nécessaire. J’ai manifesté mon intérêt pour ce rayon en mettant en avant que j’étais un lecteur compulsif de SFFF... et j’ai eu le poste.
 
Actusf : Parlez-vous de votre librairie et de sa taille. Pouvez-vous nous la présenter ?
Loïc Nicolas : La librairie Mollat est la première librairie indépendante de France. Quelques chiffres pour donner une idée de sa taille : 2 700 m² de surface de vente, une centaine de salariés dont 56 libraires, 180 000 références, 25 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés dans trois canaux de vente (magasin, bibliothèques, site internet). Elle existe depuis plus d’un siècle, est située dans le centre ville de Bordeaux ; c’est un acteur majeur de la vie culturelle de la ville.
 
S’étant étendue peu à peu, entrer chez Mollat c’est s’aventurer dans différents espaces, différentes pièces, aux ambiances changeantes, chaque lieu à l’intérieur du magasin étant dédié à un domaine éditorial précis. On a l’impression de se promener dans une agrégation de librairies spécialisées. Le rayon SFFF n’y est pas associé au Polar mais à la BD.
 
Actusf : Comment choisissez-vous les titres que vous prenez en rayon ?
Loïc Nicolas : La taille de mon rayon me permet de prendre presque tout ce qui sort chez les éditeurs ayant un distributeur.
Mes choix se manifestent donc plus dans le nombre d’exemplaires que je prends de chaque titre. Prendre deux exemplaires d’une nouveauté ou trente dépend des réponses apportées à certaines questions, telles que, en vrac :
Est-ce que c’est attendu par mes clients (en magasin, bibliothécaires ou internautes), est-ce que je souhaite leur faire découvrir ? Est-ce que j’ai déjà lu quelque chose de l’auteur ? Est-ce que j’ai aimé un ou plusieurs de ses livres précédents ? Comment j’ai vendu les précédents ? Quelle est l’histoire, me plait-elle, suit-elle une mode, en anticipe-t-elle une ? Ce livre est-il important dans le parcours littéraire de l’auteur ? Dans quel genre/courant s’inscrit ce livre ? L’éditeur y croit-il beaucoup ? Je tranche donc suivant mes lectures précédentes, mes goûts, mes historiques de vente, les argumentaires proposés par les représentants, le sens du vent qui souffle sur les forums. La notoriété de l’auteur joue aussi beaucoup bien sûr, ainsi que sa réputation. Et pour être clair, si je connais personnellement l’auteur et/ou son éditeur joue aussi.
 
Actusf : Quels sont les titres qui fonctionnent le mieux ? Y a-t-il des genres qui se vendent mieux que les autres ?
Loïc Nicolas : Au niveau des titres, j’ai deux prescrits : Fahrenheit 451 et Des fleurs pour Algernon ; ensuite on trouve Goodkind, Hobb, Pratchett et dans une moindre mesure (leurs ventes s’érodent), Feist et Gemmell.
Un peu en dessous, on a pêle-mêle : Asimov, King, Tolkien, Simmons, Martin, Adams, Dick, Herbert.
Si on ventile par genre, au global, les proportions s’établissent (à la louche) à 25 % de SF, 60 % de Fantasy, 15 % de Bit Litt/Urban Fantasy/Fantastique.
 
Actusf : D’après vous, quelles sont les raisons qui font qu’un livre marche bien dans votre librairie ? Quelle est la part de votre conseil, de la couverture, de l’importance de l’auteur ou du “buzz” autour du livre ?
Loïc Nicolas : L’importance de l’auteur, oui. Une mauvaise couverture n’a sans doute pas d’effet négatif sur les ventes (j’ai pu vendre une quarantaine d’Eifelheim malgré le cancer que ce livre affichait) et une bonne participe au succès du livre.
 
Quant au “buzz”, si on met sous ce terme le bruit généré par les prix, les passages dans les médias traditionnels et les chroniques des sites Internet et des blogs, les discussions sur les forums, l’impact est faible si ce n’est pas relayé sur le livre, par un bandeau pour un prix, par une citation d’une chronique élogieuse collée sur la couverture.
 
Le “bouche-à-oreille” authentique reste aussi puissant que rarissime ; pour moi, l’exemple parfait reste La Horde du Contrevent en poche qui a touché un très large public (je vends quand même assez rarement des titres non prescrits à plus de 250 ex.), avec des clients qui viennent le chercher en me disant “On m’en a parlé”, “On me l’a conseillé”.
 
Le conseil du libraire, pour finir. Sans surprise, je pense que c’est le meilleur moyen de bien vendre un livre. Ça peut multiplier les ventes par trois, quatre voire plus suivant la période de l’année, et sur du plus long terme : une bibliothèque séduite par un livre ou un auteur que je lui aurai conseillé va en retour entraîner la venue à la librairie de clients souhaitant trouver d’autres livres similaires, d’autres titres de l’auteur, et c’est un mouvement qui s’entretient plusieurs années.
 
Actusf : On parle souvent d’un déclin de la science fiction par rapport à un essor de la fantasy. Avez-vous l’impression que c’est le cas ? Est-ce que la SF se vend moins bien ces dernières années ? Et la fantasy ?
Loïc Nicolas : C’est un peu la doxa dans Notre Club, non ? : la SF se casse la figure, la Fantasy stagne après 10 ans de progression, la nébuleuse Bit Litt’/Fantasy Urbaine se taille désormais la part du lion.
Pour nuancer ce tableau :
Si on se bat, on fait encore de très belles ventes avec des titres SF (Spin est dans le top 5 de mes ventes de grands formats, par exemple), et les grands auteurs du fonds SF sont toujours bien fréquentés par des lecteurs de tous âges. Par ailleurs, c’est encore la SF qui a le plus de chance d’attirer des lecteurs qui ne lisent habituellement pas d’imaginaire, avec des romans en lien étroit avec nos préoccupations actuelles ou qui ont une dimension plus littéraire. Encore faut-il que le libraire qui a le rayon en charge s’y intéresse, que les représentants des maisons d’édition aussi. Il y a peu d’espoir : les futurs libraires que j’ai pu croiser lors de leurs stages semblent plus orientés Fantasy que SF.
 
La Fantasy stagne voire décline, victime de sa surproduction et de son formatage. Elle draine quand même encore un très large public. Une partie de son lectorat s’est détournée vers la Bit Litt’, qui est désormais une composante à part entière du paysage des littératures de l’imaginaire. Reste que, dans mon rayon, la progression de cette dernière est bien moins importante qu’a pu l’être celle de la Fantasy quand elle a “explosé”. Sans doute parce que la clientèle Bit Litt’ est majoritairement adolescente et donc ses ventes se font au niveau des rayons jeunesse ou ados ; même si elle s’est durablement et largement installée dans mon rayon, les grosses ventes se font donc en dehors de mon périmètre. Dans mon rayon, sorti de Laurell K. Hamilton, Charlaine Harris et Patricia Briggs, les séries vivent plus ou moins bien en poche - en grand format, c’est calamiteux.
 
En fait, la question n’est plus de savoir quel genre ou quel courant se vend le mieux. Depuis les cinq ou six derniers mois, la différence significative se fait entre le poche et le grand format. Les ventes de ce dernier accusent un fort ralentissement qu’on ne constate pas pour le poche. La faute sans doute au contexte économique, au prix des livres, à la concurrence de la vente d’occasion.
Par M. Canard - Communauté : Autres Mondes...
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